« Je dors huit heures et je me lève déjà fatiguée. » Puis, presque toujours, la phrase d’après : « mais bon, tout le monde est fatigué en ce moment ». Dite avec un haussement d’épaules, comme pour s’excuser d’avoir pris rendez-vous pour ça.
Tu n’exagères pas. Ce n’est pas parce que tu dors huit heures et que tu manges équilibré que ton corps fonctionne très bien. Ce sont deux questions différentes, et on ne pose souvent que la première.
Non, ce n’est pas normal
Souvent, les personnes me disent : je pensais que c’était normal. En réalité, pas du tout.
Quand tu te réveilles fatiguée tous les jours, ce n’est pas normal. Ce n’est pas ton âge, et ce n’est pas un manque de volonté. C’est un signal, et un signal, ça se comprend.
Une précision importante avant d’aller plus loin. Une fatigue qui s’installe, qui s’aggrave, ou qui vient avec d’autres symptômes, ça se fait regarder par un médecin. Il y a des causes à écarter, et c’est son rôle, pas le mien. Et si elle s’accompagne d’une tristesse qui dure ou de l’impression que plus rien n’a de goût, parles-en aussi à ton médecin : c’est encore autre chose, et d’autres professionnels sont là pour ça. La nutrition n’a pas réponse à tout, autant te le dire franchement.
Ce que je regarde, lorsque c’est pertinent
Quand ton histoire évoque une piste précise, on en parle et on va la chercher. Voilà les marqueurs qui reviennent le plus souvent dans mes accompagnements, avec ce qu’ils veulent dire et surtout ce qu’ils ne veulent pas dire :
- Le fer, lu avec la ferritine et d’autres marqueurs. Ce sont deux choses différentes et on ne les regarde jamais séparément, ni l’une ni l’autre toute seule. Un chiffre isolé ne raconte rien.
- La vitamine B12. Elle revient souvent chez les personnes qui mangent peu ou pas de produits animaux, mais pas uniquement.
- La vitamine D. En Suisse, entre octobre et mars, on en croise beaucoup qui sont bas. Ça ne veut pas dire qu’il faut te supplémenter toute seule : ce qu’on en fait se décide au cas par cas, et avec ton médecin quand c’est son domaine.
- La thyroïde. C’est un terrain qui appartient d’abord à ton médecin. Je regarde, je note, et si quelque chose sort des clous, c’est lui qui prend le relais.
Aucune de ces pistes n’explique tout à elle seule. Une fatigue a rarement une seule cause, et se précipiter sur un seul chiffre, c’est le meilleur moyen de passer à côté du reste.
Il y a aussi une piste beaucoup plus simple, et on l’oublie souvent parce qu’elle n’apparaît sur aucune prise de sang : manger trop peu, ou trop irrégulièrement, pour ce que ta journée te demande. Ça arrive plus souvent qu’on ne le croit, et ça se regarde avant tout le reste.
« Je cherche à comprendre ton fonctionnement avant de proposer des solutions. »
« Mais mes analyses sont normales »
Peut-être. Et tant mieux, franchement. Un bilan chez le médecin cherche d’abord à écarter une maladie, et c’est indispensable.
Moi, je regarde autre chose : est-ce que tout fonctionne de façon optimale pour toi. Un résultat tout en bas de la fourchette reste dans les normes. Sur le papier, rien à signaler. Dans ta vie de tous les jours, ça peut se traduire par une énergie qui ne revient pas.
Maintenant, je vais être franche, parce que c’est exactement le genre de phrase qu’on détourne en ligne pour te vendre quelque chose. Lire un résultat bas comme la preuve d’une carence, c’est déjà aller trop loin. Y lire l’explication de ta fatigue, c’est aller beaucoup trop loin. Ce que ça veut dire, c’est qu’on a peut-être quelque chose à regarder de plus près, à côté de tes symptômes et de tes autres marqueurs. Un chiffre ne se lit ni tout seul ni à distance, et sûrement pas dans une story.
Et si un résultat sort des normes ou demande une prise en charge, c’est ton médecin qui reprend la main. Les deux approches sont complémentaires, et j’interviens en complément de ton suivi médical, jamais à sa place.
Dernière chose sur les analyses : elles ne sont pas systématiques. Une bonne anamnèse, c’est-à-dire un premier rendez-vous où on prend vraiment le temps de comprendre ta situation, peut suffire. Si des analyses sont utiles, on en parle, je t’explique pourquoi, et c’est toujours chiffré et validé avec toi avant.
Et ton assiette dans tout ça
Avant même de parler analyses, il y a des choses qu’on regarde ensemble et qui pèsent souvent lourd.
Le rythme, d’abord. Sauter le petit-déjeuner puis tenir jusqu’à 13 h au café, ça se paie souvent en fin de journée. La composition ensuite : un repas construit autour d’un peu de protéines et de fibres tient généralement mieux qu’un repas qui n’apporte que du sucre rapide. Et puis le reste de ta vie, qui ne se trouve dans aucune analyse : tes nuits, ta charge mentale, la période que tu traverses.
Je ne te promets pas que ça réglera tout, et personne ne devrait te promettre ça. Ce sont des leviers concrets, et on commence souvent par eux parce qu’ils sont à ta portée dès demain.
Et si ton rapport à la nourriture te fait souffrir au quotidien, dis-le moi simplement. On en parle sans jugement, et parfois c’est un autre professionnel qui doit prendre le relais.
L’objectif, c’est que tu saches te lire
Je ne cherche pas à te rendre dépendante de mes rendez-vous ni de tes prochaines analyses. Je cherche à te rendre autonome, avec des habitudes que tu pourras garder à long terme et ajuster toi-même quand ta vie changera.
Si tu traînes cette fatigue depuis des mois, ne la lis pas comme une fatalité. Lis-la comme une information. Regardons ensemble ce qui se passe à l’intérieur pour agir à l’extérieur.
Et pour toi ?
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